Sortie sur les plages du Débarquement

Les plages du Débarquement font la renommée mondiale de la Normandie. Les événements dramatiques survenus en 1944 y ont laissé une empreinte profonde, en des lieux où se perpétue depuis lors le souvenir de la Seconde Guerre mondiale.
Cette année, le 2 juin dernier, il a été proposé aux élèves de Première et de Terminale qui se portaient volontaires de visiter ces lieux de mémoire. Pour les encadrer, une équipe de choc, qui a maintenu une bonne humeur tout au long de notre périple : Aurélie Lafon, Catherine Touchard, Virgile Kivici, Frédéric Duboc et Dominique Varin.
Puisqu’il est de coutume d’emmener les élèves de Troisième au Mémorial de Caen et que les lieux les plus emblématiques que représentent le cimetière américain de Colleville-sur-Mer ainsi que la petite ville d’Arromanches et ses vestiges du port artificiel de 1944, sont souvent l’occasion de sorties familiales ou lors d’échanges scolaires, il nous a semblé opportun de proposer autre chose aux élèves, de les emmener découvrir des espaces assurément moins connus chez la plupart.
Événement aussi inhabituel que stupéfiant, plus de vingt élèves inscrits ne se sont pas présentés au lieu de rendez-vous du départ, et ce sans qu’aucune annonce d’absence puisse l’anticiper : nous les avons cherchés en vain à l’Institution à deux reprises, engendrant malheureusement un retard qui ne sera pas rattrapé sur un timing déjà serré.
C’est le départ ! Un élève me fait remarquer qu’après une semaine torride, j’ai réussi à m’arranger pour nous procurer un « temps de 6 juin », puisque la météo est en effet maussade. Un collègue soulève un autre tour de force qu’il m’attribue par plaisanterie : « tu as réussi à faire diffuser Le Jour Le Plus Long hier, pour la sortie ! ».
Notre première étape nous amène tout près de Caen, à Bénouville, petite ville passée à la postérité en grande partie grâce à la mémoire entretenue par ce grand classique du cinéma. Devant la réplique moderne de « Pegasus Bridge » (le pont d’origine est dans le musée jouxtant le canal de Caen à la mer), ainsi que celle d’un planeur Horsa, je relate une des premières opérations du Jour J, survenue à 0h16 (la précision à la minute près a amusé un élève). L’endroit est aussi l’occasion d’expliquer plus largement les opérations aéroportés et l’intérêt des planeurs, qui sont caractéristiques de la Seconde Guerre mondiale.
Le deuxième arrêt survient une demi-heure plus tard, à Juno Beach, la plage des Canadiens, dont la contribution au Jour J est moins célèbre que celle des Américains. Cette plage, comme trois autres du plages du Débarquement (Sword, Gold et Utah), est dissimulée sous la mémoire écrasante d’Omaha Beach qui semble, auprès du grand public, résumer le DDay. Mes explications, au-delà des conditions de débarquement sur toutes les plages -et notamment l’effet de la marée- porte sur les défenses allemandes. Nous longeons ensuite la plage en direction de l’immense croix de Lorraine plantée dans les dunes. J’évoque alors le général De Gaulle, arrivé sur le sol de France en ces lieux le 14 juin 1944, quatre ans après avoir quitté la mère-patrie dans les circonstances dramatiques de l’effondrement de 1940. Je suis sur le point de terminer mon propos en exposant la mise en place des pouvoirs de la République et des représentants du gouvernement provisoire de De Gaulle lorsque, en dépit des avertissements d’un élève (mais je suis d’un naturel optimiste…), nous sommes frappés par une averse soudaine particulièrement violente, qui nous pousse à courir -une malheureuse était en béquilles !- vers l’abri salvateur du car, garé à plus d’une centaine de mètres, en passant promptement devant le blindé anglais du Jour J qui devait constituer un troisième arrêt. Les élèves, trempés, en seront quitte pour quelques explications données à bord de notre véhicule, après avoir, comme je leur fais remarquer, « éprouvé un peu ce que c’est de courir sur une plage sous la mitraille ! ».
Nous partons par de petits chemins de campagne (ah ! la magie du GPS !) pour rejoindre la N13 qui va nous mener à notre prochaine destination : Utah Beach, soit environ 1h30 de route, puisque, ignorant la zone Longues/Mer-Arromanches-Omaha, nous nous dirigeons vers l’autre extrémité de la zone de débarquement, à une centaine de kilomètres à vol d’oiseau de Pegasus Bridge.

Parvenus à Sainte-Marie-du-Mont sur la plage d’Utah Beach aux alentours de 12h15 passées, alors que le temps s’est dégagé et que le soleil fait son apparition, c’est ici que la perte de temps survenue le matin pose problème : l’accueil au musée doit se faire impérativement à 12h45, aussi le temps du déjeuner et sur cette plage est-il considérablement réduit, d’autant plus qu’il a fallu d’abord distribuer les repas. Je renonce alors aux explications historiques, car le temps manque et les élèves sont impatients de déjeuner. Je convie alors tout le monde à pique-niquer sur la plage puis à se retrouver à l’entrée du musée. Las, les dunes ne sont plus accessibles, et un vent frais nous fouette le visage, mais la vue est superbe, vers l’Ouest jusqu’à Saint-Vaast-la-Hougue ; vers l’Est jusqu’à la Pointe-du-Hoc : face à nous en direction des îles Saint-Marcouf. Peu d’élèves se sont mis sur la plage, aussi seuls quelques-uns entendent mes commentaires à l’issue d’un repas rapide. Cette plage, liée à l’attaque sur Sainte-Mère-Église (sans doute un des lieux les plus emblématiques du Débarquement) est essentielle au succès du Jour J et de la bataille de Normandie, aussi est-ce la raison pour laquelle je tenais à y venir et à offrir la visite du musée : la tête de pont qui y est établie est nécessaire à la conquête de l’indispensable port en eaux profondes que représente Cherbourg.
Le musée recèle quelques raretés, en particulier un bombardier B-26 Marauder, très bien mis en valeur, ainsi qu’un engin de débarquement chenillé, mais aussi une multitude de matériels spécifiques, et plonge le visiteur dans l’ambiance de la formidable opération amphibie que représente l’opération « Neptune » du 6 juin 1944, la reconstitution du point d’appui allemand in situ procurant une expérience immersive. Les 45 minutes accordées au parcours représentent certes un timing serré (dont n’ont pas joui certains retardataires), mais suffisant pour découvrir le musée d’Utah Beach.
Nous rebroussons en suite chemin vers l’Est pour retourner à Carentan et découvrir le très réussi Normandy Victory Museum, dont je connais fort bien l’équipe, l’un des propriétaires étant par ailleurs enseignant en Histoire-Géo. Ce musée présente de nombreux intérêts et c’est la raison pour laquelle je tenais à y emmener les élèves. Ces derniers résument souvent la bataille de Normandie à la seule journée du 6 juin, alors qu’il s’agit d’une âpre lutte s’éternisant près de 3 mois, plus de 90 % des soldats alliés engagés ainsi que des tués n’ayant pas participé au Jour J. Le thème principal du musée est ainsi ce qui est couramment appelé « la guerre des haies », illustrée par de nombreux dioramas grandeur nature particulièrement réussi. Les concepteurs du parcours du musée ont également mis un point d’honneur à aborder d’autres thématiques : l’invasion allemande de 1940 ; le quotidien des civils sous l’occupation ; les prisonniers de guerre ; les femmes dans la guerre ; la Libération. L’exposition temporaire était l’occasion de contempler de visu une impressionnante collection d’affiches de propagande, les élèves ayant croisé nombre d’entre-elles particulièrement célèbres au cours de leur scolarité. Les férus d’histoire militaire, en tout cas assurément les élèves qui étaient à mes côtés ont peut-être saisi le caractère exceptionnel de nombreuses pièces de collection.

La journée n’est pas finie. Direction la Pointe-du-Hoc, haut lieu de la mémoire du Jour J, puisqu’un impressionnant fait d’armes y a été réalisé par les Rangers, c’est-à-dire les commandos américains. Après mes explications, nous nous dirigeons vers la pointe proprement dite. Le site naturel est remarquable, la mer sublime, emmenant l’esprit divaguer loin du souvenir des moments tragiques survenus en ces lieux. Las, alors que le site était jadis remarquable est accessible dans sa totalité sans contraintes, les visiteurs, tels du bétail, sont canalisés par d’étroits chemins encadrés de grillages et barrières dignes d’un corral. L’endroit, pour celui qui le découvre pourtant pour la première fois, même dans ces conditions, doit certes laisser des souvenirs.
Le chemin du retour passe obligatoirement par Omaha Beach, aussi je demande à notre sympathique chauffeur de nous emmener arrêter à Vierville-sur-Mer pour une courte halte sur la plage jadis appelée « Les Sables d’Or ». C’est l’occasion d’évoquer Il faut sauver le soldat Ryan, ainsi que le prix de la liberté. Le long du talus bordant la rue menant à la mer, les vestiges des routes flottantes imaginées et conçues par les Alliés rappellent qu’un éphémère port artificiel a aussi existé sur cette plage, comme à Arromanches. La plage, superbe, s’étend sur près de 7 kilomètres et l’estran dépasse les 400 mètres.
Après cet ultime moment de détente, nous prenons la route de Rouen, le trajet s’effectuant sans encombre. Tout au long de la journée, dans le musée et sur les sites, des élèves intéressés et curieux m’ont posé des questions auxquelles j’ai pris grand plaisir à répondre, échangeant sur des sujets qui me passionne. J’espère que tous ont profité pleinement, d’une manière ou d’une autre, à une journée-marathon sur les traces de la bataille de Normandie.
Benoît RONDEAU, Professeur

